Mobilité locale : priorité aux modes actifs, vélo et aménagements durables

La mobilité locale connaît une évolution marquée par une priorité accrue donnée aux modes actifs, notamment le vélo et la marche, accompagnée de nouvelles politiques d’aménagements durables. Le Plan vélo et marche 2023-2027 traduit cette ambition avec des objectifs ambitieux pour étendre le réseau cyclable français et renforcer la sécurité des usagers. Les infrastructures se diversifient pour s’adapter aux spécificités territoriales, favorisant l’intermodalité grâce à des stationnements sécurisés en connexion avec les transports en commun. Parallèlement, les aides financières encouragent la pratique du vélo, tandis que la marche, complément essentiel, bénéficie aussi de dispositifs visant à améliorer la qualité des déplacements quotidiens.

Le Plan vélo et marche 2023-2027 fixe des objectifs ambitieux pour étendre le réseau cyclable français

En septembre 2022, la Première Ministre a lancé le Plan vélo et marche 2023-2027, poursuivant les ambitions fixées en 2018 pour inscrire le vélo dans le quotidien des Français. Ce plan gouvernemental vise à atteindre une extension considérable du réseau cyclable, avec une cible de 80 000 km en 2027, puis 100 000 km en 2030. Le volet budgétaire est conséquent, avec une enveloppe de 1,25 milliard d’euros dédiée sur cinq ans.

Depuis 2019, plus de 1 130 projets cyclables ont bénéficié d’un financement étatique couvrant 725 territoires, via le fonds mobilités actives dont la dotation initiale de 465 millions d’euros a été amplifiée et stabilisée pour soutenir durablement ces initiatives.

Ce programme complet ne se limite pas aux infrastructures : la formation des usagers, la promotion des mobilités actives et les aides financières aux utilisateurs, notamment des incitations à l’achat ou à l’usage de vélos, viennent renforcer cette stratégie pour faire du vélo une option attractive, sûre et durable.

Usage du vélo domicile-travail reste marginal et très dépendant de la distance parcourue

À la fin de 2021, seulement 4,5 % des actifs français déclaraient utiliser régulièrement le vélo pour leurs trajets domicile-travail, traduisant une intégration encore limitée dans les pratiques de mobilité quotidienne. Cette utilisation varie nettement selon la distance : les trajets inférieurs à 5 km enregistrent un taux proche de 5 %, alors qu’au-delà de cette distance, à peine 1 % y a recours. La marche continue à dominer pour les déplacements très courts, inférieurs à 2 km.

Le recours au vélo est majoritairement concentré dans les grandes agglomérations. Strasbourg, Grenoble ou Bordeaux montrent des taux d’usage du vélo supérieurs à la moyenne nationale, souvent grâce à leurs réseaux cyclables développés. En zones périphériques ou en milieu peu dense, l’usage reste marginal du fait d’infrastructures insuffisantes, de la perception d’insécurité et de contraintes topographiques et environnementales inhérentes au territoire.

La sécurité demeure l’enjeu principal freinant le recours accru au vélo pour les déplacements quotidiens

Bilan et contexte des accidents

Le nombre de cyclistes victimes d’accidents mortels augmente de manière préoccupante. En 2021, 226 cyclistes ont perdu la vie en France métropolitaine, soit une hausse notable de 29 % par rapport à la moyenne 2016-2020. La majorité de ces accidents survient hors agglomération, et concerne notamment les utilisateurs de vélos à assistance électrique (VAE) âgés de plus de 75 ans. Ce constat suppose un renforcement des dispositifs adaptés et une sensibilisation accrue à la sécurité routière selon les tranches d’âge.

Perception et infrastructures

La peur de l’insécurité freine largement la montée en puissance du vélo pour les déplacements quotidiens. Une majorité des automobilistes qui pourraient envisager le vélo attendent un maillage plus dense d’infrastructures cyclables mieux protégées, continues et cohérentes avant de délaisser leur voiture.

Aménagements et sécurisation

Les infrastructures en site propre telles que les pistes cyclables réservées et les voies vertes apportent un confort et une sécurité bien supérieurs à ceux offerts par les bandes ou double-sens cyclables, souvent partagés avec la circulation automobile. Ces aménagements en site propre se révèlent être des leviers essentiels pour développer l’usage du vélo dans les déplacements réguliers.

Les infrastructures cyclables doivent s’adapter aux spécificités territoriales pour garantir sécurité et attractivité

Réseau actuel et diversité des types d’aménagements

Le réseau cyclable en France atteint actuellement environ 75 000 km. Il se répartit entre pistes cyclables dédiées (46 %), voies vertes partagées (26 %), bandes cyclables (19 %) et double-sens cyclables ou voies partagées (7 %). Cette diversité reflète la multiplicité des contextes et des solutions à déployer.

Densité et qualité dans les métropoles

Certaines grandes villes se distinguent par la densité et la qualité remarquables de leur réseau cyclable. Strasbourg, avec 412 km de pistes, et Grenoble, avec une densité de 10,5 km/km2, illustrent des politiques volontaristes combinées à un urbanisme favorable. Cette offre cyclable dense est un facteur d’attractivité pour les modes actifs et favorise des taux élevés d’usage.

Contraintes dans les grandes villes du sud

À l’inverse, Marseille ou Nice affichent une offre cyclable nettement moins développée, directement liée à leur topographie complexe et à leurs priorités d’aménagement. Ce déséquilibre territorial souligne la nécessité d’adapter les politiques selon les spécificités locales.

Maintenance et conditions d’usage

L’entretien régulier des infrastructures est un impératif pour la sécurité et le confort des usagers. Des revêtements en bon état, une signalétique claire, ainsi que la suppression d’obstacles comme racines ou bordures dégradées sont indispensables.

Enjeux des zones peu denses

En zones peu denses, l’absence d’espaces dédiés complique fortement la pratique du vélo, qui peut alors paraître dangereuse. Il est nécessaire d’adopter des solutions sur mesure, combinant notamment le recours aux vélos électriques pour faciliter les trajets plus longs, et le développement de l’intermodalité avec les transports en commun.

Piste cyclable urbaine sécurisée entourée de végétation pour une mobilité locale durable et verte.Piste cyclable urbaine sécurisée entourée de végétation pour une mobilité locale durable et verte.

Les aides financières et dispositifs incitatifs jouent un rôle clé dans la promotion du vélo en milieu urbain et périurbain

Le forfait mobilités durables

Depuis 2020, le forfait mobilités durables représente un puissant levier en incitant les employeurs à financer jusqu’à 800 euros par an et par salarié pour leurs déplacements domicile-travail en vélo, covoiturage ou autres mobilités partagées, ce montant étant exonéré d’impôts et de cotisations sociales. Cette mesure associe directement les entreprises à la promotion des mobilités actives.

Aides nationales à l’achat ou location de vélos

Deux dispositifs d’aides sont en vigueur jusqu’en février 2025 : le bonus écologique, allant de 150 € à 2 000 € selon le type de vélo et les ressources de l’usager, et la prime à la conversion, s’échelonnant entre 1 500 € et 3 000 €, pour les vélos à assistance électrique, à condition de mettre au rebut un véhicule polluant. Ces aides sont cumulables entre elles et avec des dispositifs locaux, maximisant ainsi leur efficacité sur le territoire.

Rôle des collectivités et des entreprises

La sensibilisation des entreprises et collectivités est fondamentale pour la diffusion de ces dispositifs. Par des actions d’accompagnement et d’information, elles favorisent la conversion progressive des habitudes vers les modes actifs, consolidant l’impact des mesures incitatives.

Le développement du stationnement sécurisé pour vélos facilite l’intermodalité avec les transports en commun

Dans le cadre de la transition vers des mobilités plus durables, le stationnement sécurisé pour vélos en gares et pôles d’échanges devient un élément central. Avec un investissement de 45 millions d’euros, 30 000 places ont déjà été créées, avec un objectif d’atteindre 90 000 places d’ici 2027, afin de faciliter les trajets combinant vélo et transports en commun.

La loi d’orientation des mobilités impose désormais des stationnements sécurisés dans les bâtiments neufs d’habitation et tertiaires, conformément à la directive européenne sur la performance énergétique des bâtiments. Ces infrastructures répondent également à l’inquiétude majeure des cyclistes concernant le vol, améliorant ainsi l’attractivité du vélo comme mode de transport quotidien.

La marche est un levier complémentaire aux mobilités actives pour renforcer la durabilité des déplacements locaux

La marche à pied est le mode de déplacement actif le plus universel, accessible à tous les âges et aux capacités physiques variées. Elle participe pleinement à la santé publique en luttant contre la sédentarité et en diminuant la pollution locale.

Les politiques publiques améliorent la « marchabilité » urbaine par des aménagements consacrés à la sécurité, à la continuité des parcours, et au cadre ambiant, avec notamment l’intégration d’espaces verts et de zones apaisées. Cette approche favorise le dynamisme économique des quartiers en accroissant la fréquentation des commerces et services de proximité.

Conseils pratiques pour promouvoir la marche au quotidien :

  • Privilégier les itinéraires aménagés, sûrs et agréables.
  • Intégrer la marche dans des trajets multimodaux combinant transports publics et vélo.
  • Sensibiliser les habitants aux bénéfices sanitaires et environnementaux et encourager les déplacements à pied.
  • Améliorer la visibilité et la signalétique des infrastructures piétonnes pour encourager leur usage.

En renforçant la complémentarité entre vélo et marche, la mobilité locale gagne en durabilité et en qualité de vie sur les territoires.